Il est commun de penser qu’il faut être mauvais et dur pour être capable de tuer de sang-froid…Ce n’est pourtant pas l’image que l’on souhaite donner de Chris Kyle, le plus grand sniper de l’histoire des Etats-Unis, dit « La Légende », dans le film « American Sniper » qui retrace les principaux moments de la vie de ce dernier. En effet, celui-ci le présente comme un homme fort de principes et droit, investi dans la guerre par un sens irrépressible du devoir et le besoin vital de protéger les autres. Sa vie amoureuse et familiale est également un des thèmes centraux du film ce qui permet dès les premières scènes de donner un aspect humain au personnage et de nous faire éprouver un attachement réel envers lui. La dimension psychologique du personnage est également souvent abordée tout au long du film pour souligner le paradoxe entre la difficulté liée à exercer un métier consistant à ôter la vie ainsi que celle de devoir voir certains de ses camarades partir. Le film réussit ainsi à captiver le spectateur en évitant une banalisation de la violence qui est souvent de mise dans les scénarios traitant de ce sujet.

Si, en en voyant l’énigmatique bande-annonce, on peut craindre un film pro-américain aux allures propagandistes, la réalité essaie d’être toute autre. En effet, malgré la vision unilatérale avec laquelle est traité ce dernier, l’histoire semble ne pas chercher à se restreindre dans son ensemble à une lutte du bien contre le mal en mettant en scène l’armée des Etats-Unis contre les terroristes mais tente de s’axer progressivement vers une sorte de vendetta entre snipers et la recherche d’une paix intérieure en ayant connu la guerre. Ce dernier point est d’ailleurs omniprésent durant le film, en effet la difficulté à sortir de la zone de combat psychologiquement malgré la distance spatiale y est constamment pointée du doigt (ce qu’on peut également retrouver dans le film « Jarhead » de Sam Mendes traitant du même sujet) et jusqu’à la fin  du film, on perçoit un personnage perdu entre ses obligations professionnelles et familiales qui se questionne sans cesse sur là où sa place est réellement ( à savoir à la guerre ou au foyer). Toutefois, le manque de remise en question sur la légitimité du métier de sniper explique la controverse au cœur de laquelle le film se trouve actuellement, on lui reproche notamment de glorifier les tireurs d’élite ce qu’il est éventuellement possible de ressentir en visionnant le film.  On ne peut également pas ignorer le parti pris apparent du film qui expose la guerre en Irak comme une réponse légitime aux attaques terroristes contre les Etats-Unis et présente presque systématiquement les Irakiens de manière négative (dans leur camps, trahison, corruption, et barbarisme sont présents quasiment tout au long du film). Ceci dit, lors de son visionnage, il faut garder en tête que le point de vue rapporté par ce dernier est celui du tireur d’élite Chris Kyle, un homme convaincu et dont l’essence même trouve sa source dans la protection d’autrui, de ses proches et de son pays.

Il serait malgré tout inapproprié de terminer cet article sans saluer l’impressionnant jeu d’acteur de Bradley Cooper (Happiness Therapy, American Bluff, Very Bad Trip, Limitless…)  qui quitte ses rôles habituels de comiques ou de playboys pour revêtir à la perfection le costume d’un homme complexe et quelque peu taciturne, ainsi que l’immense talent de Clint Eastwood qui signe ici un énième succès en tant que réalisateur (Mystic River, Million Dollar Baby, J. Edgar, Gran Torino,…).

(Pour la bande annonce du film, cliquez ici)

Vous pouvez le retrouver actuellement dans vos cinéma: UGC et VOX

 

 

 

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